Hatha yoga traditionnel

Le sens profond du hatha yoga

L’engouement du yoga, la multiplication des formations courtes, sa marchandisation, sa mode et les images séduisantes qui se multiplient sur les réseaux sociaux semblent avoir au fil des ans comme élagué le sens profond du yoga. Le yoga (pour le rendre plus accessible ?) a été allégé de ses contraintes, transformé, réinventé, il a souvent été rendu plus confortable pour le corps, pour le mental et plus attirant pour l’ego, notamment le hatha yoga. Beaucoup de professeurs vont davantage dans ce sens que dans le sens d’une profonde réforme intérieure, une réforme capable d’objectiver la réalité et de nous libérer de conditionnements qui nous limitent et nous étouffent. Le yoga c’est plus que stimuler les reins et le foie, c’est plus qu’un gain de souplesse et de la musculation douce. Le yoga n’est pas un sport, il est une science de la vie, une science qui révèle les secrets de l’existence, notre essence, notre identité, les secrets de la matière et de la conscience.

 

Sur yoga-en-ligne.com nous avons à coeur de proposer à nos membres une pratique de hatha yoga authentique, au moins une tentative, une simple proposition qui nous semble pouvoir faire le pont entre deux extrêmes : d’un côté une pratique de hatha yoga à l’ascétisme élitiste et de l’autre, des cours de yoga creux, visant davantage le corps et bien souvent vides de toute substance énergétique et vibratoire. Ce que nous voulons ici, c’est vous expliquer, vous donner quelques clés de compréhension pour que vous puissiez découvrir et goûter en toute connaissance de cause à toutes les pratiques de yoga que vous croiserez sur votre chemin.

Yoga traditionnel - Peinture, 1630, Inàyat © The Trustess of British Museum

Peinture, 1630, Inàyat © The Trustess of British Museum

Objectifs du hatha yoga traditionnel

Le yoga traditionnel et le yoga moderne partagent des objectifs et se distinguent par d’autres. Ce qu’ils ont en commun c’est de viser la santé, la mobilité, la longévité et la souplesse du corps. Cet aspect plutôt physique est peut-être le but le plus évident que partagent l’ensemble des pratiques de yoga, qu’elles soient issues du yoga vinyasa, de l’ashtanga yoga, du hatha yoga, du kundalini yoga ou du yin yoga, pour ne citer qu’eux. Cette première visée s’appui essentiellement sur les asanas, les postures, qu’elles soient tenues quelques secondes ou minutes ou qu’elles s’enchainent dans un mouvement plus ou moins continu dans une séance, elles vont délier le corps, le rendre plus endurant, soulager des douleurs, renforcer et équilibrer la musculation du pratiquant.

 

Toutes les types de yoga sont légitimes et répondent aux besoins de certains pratiquants, c’est souvent une rencontre entre les besoins de l’élève et la proposition du professeur. Cependant, au-delà de ces premiers objectifs accès sur le corps et la relaxation, une pratique de yoga traditionnelle offrira une plus grande amplitude d’action et bien d’autres bienfaits.

 

Le hatha yoga au sens traditionnel de la discipline s’occupe aussi du corps mais va également chercher à créer, à l’aide du pranayama , une connexion consistante entre le corps, l’énergie et la pensée. L’idée c’est d’accentuer, d’amplifier et d’harmoniser leurs relations pour opérer une véritable alchimie intérieure. Avec la pratique et un peu d’expérience, l’amplitude et la fréquence de la respiration vont peu à peu diminuer pour aller jusqu’au non-souffle puis se transmuter en un souffle énergétique. Cela nous ouvre véritablement à la magie du yoga et à des états spontanés de méditation (Dhyāna). Les 5 sens s’intériorisent (Pratyahara) et la pensée analytique et parfois compulsive s’apaise ou s’arrête pour un temps au profit d’une vibration intérieure (Nada) plus subtile sur laquelle l’attention se pose naturellement. En chemin, le pratiquant développe aussi et peu à peu, une vision discriminante de la réalité du monde et de son propre corps, des prises de conscience se font.

 

Un autre objectif du hatha yoga traditionnel est la purification, la concentration et le développement énergétique. Intimement lié au point précédent, notamment par le souffle et l’impact sur le système énergétique (les nadis et les chakras), le hatha yoga traditionnel augmente notre capacité énergétique, contrairement au sport ou à des types de yoga plus modernes qui puisent de l’énergie. L’augmentation de l’énergie va induire un changement de fréquence énergétique et des changements de comportement, d’aspiration qui vont élever l’esprit sur un plan plus spirituel.

 

Ce surcroît d’énergie qui dépasse les besoins du quotidien va également permettre d’avancer avec plus de force dans sa propre aventure intérieure, vers la connaissance de Soi, de sa véritable nature. Car il est bien là l’objectif du hatha yoga, le Samadhi, l’éveil, celui de nos capacités subtiles, divines et l’union, celui des opposés, l’union des énergies, l’union du sujet qui perçoit et de l’objet perçu, l’union de la matière et de la conscience, une transcendance qui prend souvent des années, des étapes et qui, si elle est menée avec patience dissout le sens de l’individu, du Moi et les barrières du monde visible.

L’asana dans le yoga traditionnel

Lorsque l’on évoque le yoga, l’image d’une posture nous vient assez rapidement, mais que font ces asanas ? À quoi servent-elles ces postures ? Si l’évidence semble de mise au niveau de la souplesse du corps, de sa musculation et de l’amplitude des mouvements, le jeu subtil et invisible que recèle chacune des postures de yoga peut ne pas être une évidence aux yeux d’un public non averti.

 

La considération physiologique n’est pas au centre d’une pratique traditionnelle du hatha yoga. Ici la prise de posture a un sens très différent des enseignements contemporains. Dans le yoga traditionnel l’asana a d’abord une visée énergétique, elle facilite sa circulation et cible une zone du système énergétique, que ça soit des nadis (flux d’énergie) ou des chakras (centres d’énergie).

 

Imaginez que vous deviez arroser des plantes avec un tuyau d’arrosage. Pour que l’eau puisse s’écouler facilement et ne pas créer de tension au milieu du tuyau, celui-ci doit être clair, sans noeud, sans rien qui entrave l’eau. Au niveau de la structure énergétique, le principe est identique. Si l’énergie a du mal à circuler, vous pouvez sentir une tension. C’est souvent le cas quand, dans un état de stress, on sent une tension au milieu du dos. Cette tension qui apparaît c’est le témoin d’une énergie qui a du mal à circuler. L’énergie bloque à un endroit stressé, la pression énergétique s’accumule et se traduit par une douleur que vous repérez. Ainsi, l’idée de l’asana est de positionner le corps de manière à dénouer, éclaircir les chemins que prend l’énergie et faciliter sa circulation. Comme un acupuncteur pose ses aiguilles sur un méridien et pas un autre, dans le hatha yoga traditionnel la posture cible une zone spécifique de la structure énergétique et pas une autre.

 

La tradition du hatha yoga utilise aussi les postures pour influencer la pensée et l’ego. Les asanas sont un moyen d’assouplir le corps mais aussi l’énergie mentale, elles font partie des différents exercices qui dissolvent nos résistances intérieures, libèrent nos peurs et nos limites et atténuent le mouvement spontané de la pensée. En ce sens, chaque asana est comme une aventure en soi qui s’articule autour de trois piliers forts que sont l’immobilité, la durée de la pratique et le pranayama.

Sarvangasana, la posture de la chandelle,
Manuscrit de hatha yoga, 19ème-siècle ©British Library

Immobilité et temps de pratique, deux clés fondamentales du hatha yoga

Si vous avez la curiosité de faire un cours de hatha yoga traditionnel, vous découvrirez qu’il n’y a pas ici de séries de posture, de « flow » et que les postures ne se tiennent pas non plus entre une et trois minutes.

 

Pour un pratiquant de niveau intermédiaire dans une posture accessible, la tenue d’une posture se situera plutôt autour de 15 minutes. Il en va de même pour le pranayama et la tenue des assises. Les pratiquants plus avancés tiendront chaque asana 25 minutes ou plus. 25 minutes, c’est un ghatika, une unité de mesure notamment souligné par le Haṭha Yoga Pradīpikā, l’un des textes fondateur et véritable guide du hatha yoga. Cette durée, le ghatika, semble avoir été proposée pour que chaque asana puisse avoir le temps de délivrer son plein potentiel et opérer une alchimie entre le physique, l’énergétique et le psychique.

 

Pourquoi l’immobilité et pourquoi des temps si longs dans les postures ? Vous l’avez peut-être remarqué, le naturel de l’homme est plutôt en mouvement, mouvement de la pensée, mouvement du corps, mouvement des énergies. Nous connaissons déjà le mouvement sur les 3 plans physique, énergétique et physique. Le mouvement ne porte pas un fort pouvoir de transformation, notamment en ce qui concerne notre espace intérieur, entendons par là, la pensée et l’ego. Par opposition, l’immobilité, qui au premier abord peut nous faire dévier, nous dérouter, voire nous ennuyer est pourtant un facteur libérateur. L’ego va souvent fuir l’arrêt du mouvement car cela le transforme, cela va révéler des peurs profondes, des angoisses, des émotions enfouies que nous avons du mal à assumer et à regarder avec aplomb. L’immobilité et la durée des pratiques sont les clés d’une grande réforme intérieure. Retenons que plus une posture est tenue longtemps dans l’immobilité, plus elle nous transforme au niveau physique, énergétique et psychique. C’est peut-être là, la raison inavouée pour laquelle cet aspect du yoga a été mis de côté par des pratiques plus modernes. L’immobilité dans la durée, c’est exigeant et cela remet en question ce sur quoi nous nous sommes construit. Cette absence de mouvement va à l’encontre du sens du Moi, mais elle a ce pouvoir fort de le libérer de croyances illusoires.

 

Ces temps de pratique dans l’immobilité ont un autre dessein central, ils concourent au développement de la structure énergétique. Sur ce point revenons à notre métaphore du tuyau d’arrosage. Imaginons que vous deviez arroser des pots de fleurs avec un tuyau d’arrosage. Si vous bougez le tuyau dans tous les sens, vous n’allez rien arroser. Vous allez mettre de l’eau partout mais très peu dans chaque pot. Pour que chaque plante puisse recevoir la quantité d’eau nécessaire à sa croissance vous devez immobiliser le tuyau un moment au dessus de chaque pot de fleur. De la même manière, si nous prenons une posture de yoga trop peu de temps ou que celle-ci s’enchaine dans un mouvement continu avec d’autres postures, l’énergie ne va pas avoir le temps de « comprendre » où s’orienter et ne pourra pas se développer à l’endroit ciblé par la posture. Pour qu’une posture puisse influencer correctement une zone de la structure énergétique elle doit être tenue sur une durée conséquente, c’est la clé pour orienter et faciliter la circulation de l’énergie dont le développement est quant à lui mijoté par la respiration avec lenteur et patience.

Au centre du hatha yoga, le pranayama

Prendre une posture de yoga sans la coupler à une respiration spécifique, c’est comme défaire les noeuds d’un tuyau d’arrosage pour se préparer à arroser, mais ne pas ouvrir le robinet. Une démarche quasi stérile au niveau de l’éveil des centres d’énergie. Ainsi, pour qu’une posture puisse délivrer son plein potentiel énergétique elle doit systématiquement être associée à un pranayama.


Même si bien souvent on y prête peu attention au quotidien, il faut bien reconnaître que le souffle est toujours avec nous, à chaque instant de notre vie, car il est de loin notre première source d’alimentation énergétique. Cette source d’énergie inépuisable ne réclame aucun processus de digestion et sa maîtrise permet d’augmenter notre énergie sans aucune limitation.
Le hatha yoga traditionnel est une science dont l’essence est le développement et l’équilibre de l’énergie, les postures en sont des aiguillages et la respiration, un puissant accumulateur. Dans ce type de yoga, vous trouverez toujours une respiration associée à une posture, non pas pour accompagner un mouvement, comme on le voit beaucoup avec le yoga en occident, mais bien pour éveiller l’énergie des chakras et des nadis.

 

Par ailleurs, et vous l’avez peut-être déjà remarqué, il y a un lien direct entre le rythme de la respiration et l’activité mentale. Quand vous êtes calme, votre souffle est calme, quand vous êtes agité, votre souffle est agité. Ce lien est une opportunité incroyable car l’inverse est réciproque. Si le mental est capable d’influencer le rythme de la respiration, le rythme de la respiration peut aussi influencer le mental. Ce point est fondamental. Avec ce lien entre le mental et la respiration, la maîtrise du souffle se présente comme l’un des moyens les plus puissant pour modifier en profondeur l’activité mentale et le mouvement des pensées.

Dans notre éducation, nous accumulons du savoir et des compétences mais rarement des outils pour gérer les pensées excessives, ces pensées qui tournent en boucle, qui nous submergent et nous épuisent. Souvent, nous ne savons pas qu’il est possible d’influencer ce qui pense en nous. Mettons au placard une fois pour toute cet aveux d’impuissance, la respiration est capable de modifier les réactions réflexes du mental, de diminuer durablement les pensées qui se manifestent, voir de les arrêter.

 

Ralentir la respiration, imprimer des rythmes spécifiques en visamavritti ou en samavritti, faire des bhastrikas, des rétentions du souffle à plein (antara khumbaka) ou à vide (baya kumbhaka) sont autant de moyens d’influencer à la fois l’énergie, le mental et le mouvement des pensées trop souvent excessif. De belles perspectives qui toutes font du pranayama un élément absolument incontournable des asanas et de l’ensemble des techniques du hatha yoga.

Yoga traditionnel - Manuscrit de hatha yoga, 19ème siècle ©British Library

Manuscrit de hatha yoga, 19ème siècle ©British Library

Mudras, bandhas et drishtis dans le hatha yoga

Dans chaque individu, l’énergie a une structure, un mouvement, des points de passage mais également des points de fuite. L’énergie s’échappe du corps à travers les mains, les yeux ou l’anus par exemple. L’énergie est précieuse et recherchée dans le hatha yoga traditonnel, des techniques sont ainsi déployées en complément des postures et de la respiration pour limiter au maximum toute déperdition énergétique.

 

Ces techniques ce sont les mudras (gestes), les bandhas (ligatures) et les dristis (mouvements des yeux), des points d’ancrage qui optimisent le développement et la condensation énergétique en interne. L’idée ici n’est pas de tous les présenter, mais certains ont un poids conséquent dans la pratique et méritent que l’on y consacre quelques mots.

 

Au premier plan des bandhas vient mulabandha. Mulabandha c’est la contraction des muscles du périnée. Pour les femmes, c’est une contraction qui se situe au niveau du col de l’utérus et des muscles du vagin, pour les hommes, la contraction se fera au milieu du plancher pelvien, entre l’anus et les sphincters génitaux. Cette base est généralement tenue du début jusqu’à la fin d’un exercice. C’est souvent une habitude difficile à tenir au début, mais très rapidement cela devient un réflexe, une forme d’ancrage, d’enracinement dans la pratique. Après les premiers pas de la découverte, mulabandha est rapidement désiré, souhaité, car on sent qu’avec lui l’emprise énergétique et le pouvoir de transformation de chaque technique sont décuplés. Le périnée est une zone stratégique car elle est à la base de la moelle épinière. À cet endroit, il y a de nombreux nerfs qui convergent. En bloquant les muscles du périnée, les nerfs vont être un peu pincés, bloqués et l’énergie va se retrouver dans une impasse. Cela va donner un pouvoir ascendant à l’influx nerveux, à l’énergie qui vont alors s’orienter naturellement vers le haut, vers la moelle épinière et le cerveau, irriguant au passage les chakras et les nadis.


Outre cette base, mulabandha, qui pousse l’énergie, le pratiquant de hatha yoga s’aide du mouvement des yeux pour aspirer l’énergie dans un sens ou dans l’autre. Il pourra utiliser à cette fin brumadhya drsiti, la convergence des yeux vers le milieu du front ou bien shambavi mudra, la convergence des yeux vers la fontanelle. Ces convergences du regard vont également concourir à stabiliser l’activité mentale qui est très lié au mouvement des yeux.

Mantras & visualisations

Toujours dans le but de faciliter la circulation énergétique et de concentrer l’attention du mental, la tradition du hatha yoga s’appuie sur des visualisations et des mantras. La visualisation est généralement associée à un trajet énergétique, c’est souvent l’axe central, la sushumna (flux d’énergie de la moelle épinière) ou bien les nadis ida et pingala. Dans le hatha yoga, la visualisation peut aussi être un moyen d’encourager l’éveil d’un chakra ou d’une tendance énergétique. Cette visualisation suit en général toujours le rythme du souffle et est accompagnée dans la pratique par des bija mantras que l’on va prononcer intérieurement.

 

Un mantra c’est comme le prénom d’une personne, si je vous appelle par votre prénom, vous allez vous retourner, car cela fait écho en vous. Le son a créé une résonance particulière qui vous a stimulé, qui vous a appelé. Tout comme vous, l’énergie réagit à certains sons. Ainsi, si on utilise un mantra plutôt qu’un autre on va appeler une tendance de l’énergie, plutôt qu’une autre. Un mantra pourra être utilisé par exemple pour faciliter une bonne circulation ou une bonne diffusion énergétique au niveau de la moelle épinière ou pour stimuler ou pour équilibrer les tendances énergétiques du système nerveux autonome. Le mantra est aussi un bon outil pour développer des centres d’énergie ou pour absorber ou apaiser l’activité mentale.

Intégrer la pratique

Le hatha yoga a dans sa pratique de nombreuses dimensions, la posture, les points d’ancrages, le souffle, les mantras et les visualisations. Ces éléments conjugués permettent d’obtenir des bienfaits profonds, souvent immédiats et parfois ineffables. Mais comment aller plus loin ? Comment partager plus ? Les promesses s’arrêtent ici, à la frontière de l’individu, car lui seul peut s’ouvrir à la pratique et donner à ses mots la saveur d’une expérience vécue.

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